Il s'agit de l'hymne qui vient de retentir que nous abordons dans sa premire partie (cf. vv. 6-
Le Christ incarn et humili par la mort la plus infme, celle de la crucifixion, est propos comme un modle de vie pour le chrtien.
Celui-ci, en effet, comme on l'affirme dans ce contexte doit avoir les mmes sentiments qui sont dans le Christ Jsus (v. 5), des sentiments d'humilit et de dvouement, de dtachement et de gnrosit.
2. Bien sr, il possde la nature divine avec toutes ses prrogatives.
Mais cette ralit transcendante n'est pas interprte et vcue l'enseigne du pouvoir, de la grandeur, de la domination.
Le Christ n'utilise pas le fait d'tre gal Dieu, sa dignit glorieuse et sa puissance comme un instrument de triomphe, un signe d'loignement, une expression d'crasante suprmatie (cf. v. 6). Au contraire, il se dpouilla, il se vida lui-mme, se plongeant sans rserve dans la misrable et faible condition humaine.
La forme (morph) divine se cache dans le Christ sous la forme (morph) humaine, c'est--dire sous notre ralit marque par la souffrance, par la pauvret, par les limitations et par la mort (cf. v. 7).
Il ne s'agit donc pas d'un simple revtement, d'une apparence changeante, comme on croyait que cela se produisait pour les divinits de la culture grco-romaine: la ralit du Christ est la ralit divine dans une exprience authentiquement humaine.
Dieu n'apparat pas seulement comme homme, mais il se fait homme, et devient rellement l'un de nous.
Il devient rellement Dieu-avec-nous, qui ne se contente pas de nous regarder d'un il bienveillant du trne de sa gloir%, mais qui se plonge personnellement dans l'histoire humaine, devenant chair; c'est--dire ralit fragile, conditionne par le temps et par l'espace (cf. Jn 1, 14).
3. Ce partage radical et vritable de la condition humaine, l'exclusion du pch (cf. He 4, 15), conduit Jsus jusqu' la frontire qui est le signe de notre finitude et de notre caducit, la mort.
Cependant, celle-ci n'est pas le fruit d'un mcanisme obscur ou d'une fatalit aveugle: elle nat de son libre choix d'obissance au dessein de salut du Pre (cf. Ph 2,
L'Aptre ajoute que la mort vers laquelle Jsus se dirige est celle sur la croix, c'est--dire la plus dgradante, voulant ainsi tre vritablement le frre de chaque homme et de chaque femme, galement de ceux destins une fin atroce et ignominieuse.
Mais, prcisment dans sa passion et dans sa mort, le Christ tmoigne de son adhsion libre et consciente la volont du Pre, comme on le lit dans la Lettre aux Hbreux:
Tout fils qu'il tait, il apprit, de ce qu'il souffrit, l'obissance (He 5,
Arrtons-nous ici dans notre rflexion sur la premire partie de l'hymne christologique, centr sur l'incarnation et sur la passion rdemptrice.
Nous aurons ensuite l'occasion d'approfondir l'itinraire successif, l'itinraire pascal, qui conduit de la croix la gloire.
L'lment fondamental de cette premire partie de l'hymne me semble tre l'invitation entrer dans les sentiments de Jsus.
Entrer dans les sentiments de Jsus signifie ne pas considrer le pouvoir, la richesse, le prestige, comme les valeurs suprmes de notre vie, car au fond, elles ne rpondent pas la soif la plus profonde de notre esprit, mais ouvrir notre cur l'Autre, porter avec l'Autre le poids de notre vie et nous ouvrir au Pre qui est dans les Cieux avec un sentiment d'obissance et de confiance, en sachant que prcisment dans la mesure o nous sommes obissants au Pre, nous serons libres.
Entrer dans les sentiments de Jsus: cela devrait tre l'exercice quotidien vivre en tant que chrtiens.
4. Nous concluons notre rflexion par un grand tmoignage de la tradition orientale, Thodoret qui fut vque de Cyr, en Syrie, au Ve sicle:
L'incarnation de notre Sauveur reprsente le plus haut accomplissement de la sollicitude divine pour les hommes. En effet, ni le ciel ni la terre, ni la mer ni l'air, ni le soleil ni la lune, ni les astres, ni tout l'univers visible et invisible, cr par sa seule parole ou plutt port la lumire par sa parole conformment sa volont, n'indiquent son incommensurable bont autant que le fait que le Fils unique de Dieu - celui qui tait de condition divine (cf. Ph 2,6), reflet de sa gloire, empreinte de sa substance (cf. He 1, 3), qui tait au commencement, qui tait auprs de Dieu et tait Dieu, travers qui ont t faites toutes les choses (cf. Jn 1, 1-3) -, aprs avoir assum la nature de serviteur, apparut sous forme d'homme, en raison de sa figure humaine fut considr comme un homme, fut vu sur la terre, eut des relations avec les hommes, se chargea de nos infirmits et prit sur lui nos mala$ies (Discours sur la Providence divine, 10: Collection de textes patristiques, LXXV, Rome 1988, pp. 250-251).
Thodoret de Cyr poursuit sa rflexion en mettant prcisment en lumire le lien subtil soulign par l'hymne de la Lettre aux Philippiens entre l'incarnation de Jsus et la rdemption des hommes. Avec sagesse et justice, le Crateur travailla pour notre salut. Car il n'a pas voulu se servir uniquement de sa puissance pour nous offrir le don de la libert, ni utiliser uniquement sa misricorde contre celui qui a assujetti le genre humain, afin que celui-ci n'accuse pas la misricorde d'injustice, mais il a imagin une voie riche d'amour pour les hommes et, dans le mme temps, empreinte de justice. En effet, aprs avoir uni lui la nature de l'homme dsormais vaincue, il la conduit la lutte et la dispose rparer la dfaite, battre celui qui autrefois avait injustement remport la victoire, se librer de la tyrannie de celui qui l'avait cruellement rendu esclave et retrouver la libert originelle (ibid; pp. 251-252).

